Martelage cuivre : Le bruit du marteau, le silence du cuivre - Carnet de bord -
- Christie Eyraud

- 11 mai 2025
- 2 min de lecture
Il y a des sons qui racontent une histoire. Des sons anciens, presque enfouis dans la mémoire des gestes. Le martèlement du cuivre en fait partie. C’est un langage brut, percussif, sans mots — un appel à la matière et à ce qu’elle contient de réticence, de force, de patience.

Cette semaine, l’atelier a vibré au rythme de ce dialogue. Le marteau a pris la parole, et le cuivre a répondu — non pas par des mots, mais par ses courbures, ses résistances, ses cédés soudains. C’est un échange primitif, profondément physique. Il faut être là tout entier : les pieds ancrés, les épaules détendues, l’oreille à l’écoute. Car chaque frappe compte. Trop faible, elle sonne creux. Trop forte, elle blesse. Il faut trouver la justesse, le point d’équilibre entre la tension et l’abandon.

Dans cette attention, un silence s’installe. Un silence particulier. Dense, vibrant. Le cuivre ne dit rien, mais il témoigne. Il garde en lui la trace de chaque impulsion, la mémoire des gestes inscrite dans la chair du métal. Il devient, à force de coups, un récit à porter. Une parure habitée.

Cette semaine, j’ai travaillé sur une nouvelle variation de la série Pan. Des boucles d’oreilles plus affirmées, plus denses, comme si la matière elle-même avait gagné en intensité. Plus de textures, plus de creux et de reliefs, plus de couleur aussi – mais à l’état brut, encore en friche. Le cuivre y parle fort, sans fard, avec ses éclats et ses rugosités. Avant même l’émail, il impose son rythme. Ces pièces racontent quelque chose d’instinctif, presque sauvage. Une force souterraine qui remonte à la surface.

L’atelier, lui, garde les traces du passage. Un établi qui s’encombre de fragments, de poussières cuivrées, de papiers tachés. Les outils s’alignent comme des témoins discrets, et au milieu du désordre, une forme émerge. Encore inachevée, presque secrète. Il faudra encore du temps, encore des gestes. Mais déjà, elle est là, en suspension.

Je voulais te partager cet instant suspendu. Ce moment où le métal devient peau. Où le bruit du marteau cède la place au silence du cuivre.
Merci de faire ce voyage avec moi.





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