Idée reçue n°8 « L’émail ne sert qu’à colorer »
Quand on pense à l’émail, on pense d’abord à la couleur.
Bleus profonds, rouges, verts, jaunes, transparences… C’est souvent elle qui attire le regard en premier.
Mais réduire l’émail à une simple façon de colorer le métal serait passer à côté d’une grande partie de ce qu’il permet.
L’émail est une matière.

Pas seulement une couleur
Avant la cuisson, l’émail se présente sous forme de verre finement broyé. Sous l’effet de la chaleur, ces grains fondent, se soudent entre eux et adhèrent au métal.
Une fois refroidi, on obtient donc bien davantage qu’une couleur déposée sur une surface : une véritable couche de verre vitrifiée.
Selon la manière dont l’émail est posé, son épaisseur, sa granulométrie, les superpositions et les cuissons successives, son aspect peut changer considérablement.
Il peut être parfaitement lisse ou au contraire conserver du relief. Brillant, mat, transparent, opaque ou translucide. Il peut former des creux, des surépaisseurs, des effets de matière ou laisser apparaître le métal situé dessous.
La couleur n’est finalement qu’une partie de son langage.

Construire une surface
Dans mon travail, je ne cherche pas toujours à obtenir une surface parfaitement uniforme.
J’aime au contraire construire l’émail par couches, superposer les couleurs, jouer avec différentes épaisseurs et laisser certaines réactions apparaître pendant la cuisson.
Je peux aussi intégrer d’autres éléments de verre, travailler avec des grains plus importants ou créer volontairement des reliefs.
Le feu vient ensuite transformer tout cela.
Certaines matières fusionnent complètement. D’autres conservent leur présence. Une couleur peut en recouvrir partiellement une autre, une transparence révéler le cuivre, un relief accrocher différemment la lumière.
C’est là que l’émail devient pour moi autre chose qu’une couleur : il devient une surface à construire.

La lumière aussi fait partie du jeu
La matière modifie également notre perception de la couleur.
Sur un émail parfaitement lisse et brillant, la lumière se réfléchit à la surface. Sur une texture irrégulière, elle se fragmente. Avec un émail transparent, elle traverse la couche de verre avant de rencontrer le métal et de revenir vers l’œil.
Deux surfaces réalisées avec le même émail peuvent ainsi produire des impressions très différentes.
Et lorsque plusieurs couches transparentes ou translucides se superposent, la profondeur devient elle aussi un élément de la pièce.
On ne regarde plus seulement une couleur.
On regarde à travers elle.

Du verre, du relief… et une part d’imprévu
L’émail reste une matière transformée à très haute température.
Même avec l’expérience et une bonne connaissance de ses émaux, le feu conserve une part d’imprévu. Une superposition peut réagir légèrement différemment, une matière se déplacer, une couleur se fondre davantage que prévu.
Cela ne signifie pas que tout est laissé au hasard.
Le travail consiste justement à connaître suffisamment la matière pour construire avec ses réactions, plutôt que de chercher systématiquement à les faire disparaître.
C’est particulièrement présent dans mes pièces : textures, superpositions, transparences et reliefs ne sont pas des effets secondaires de la couleur. Ils font partie de la composition dès le départ.

Une matière à part entière
L’émail peut bien sûr donner au métal des couleurs impossibles à obtenir autrement.
Mais son rôle ne s’arrête pas là.
Il permet de créer de la profondeur, de modifier la texture, d’introduire du relief, de jouer avec la transparence et avec la manière dont la lumière circule à la surface d’une pièce.
C’est sans doute pour cela que je continue à trouver autant de possibilités dans quelques grammes de verre et un morceau de cuivre.
Alors non : l’émail ne sert pas seulement à colorer.
Il permet de construire une surface, une matière, une profondeur.
Et parfois, c’est précisément lorsque la couleur cesse d’être le seul sujet que les choses deviennent les plus intéressantes.





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