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Idée reçue n°9 « L’émail est une technique moderne »

il y a 6 jours
3 min de lecture

Avec ses couleurs franches, ses surfaces brillantes et les formes parfois très contemporaines qu’il permet de créer, l’émail peut facilement donner l’impression d’être une technique moderne.

Pourtant, l’histoire de l’émail sur métal se compte en millénaires.

Bien avant nos fours électriques et nos ateliers actuels, des artisans avaient déjà découvert cette rencontre assez extraordinaire entre le métal, le verre et le feu.


Une technique bien plus ancienne qu’on ne l’imagine

Les premières formes d’émaillage sur métal apparaissent dès l’Antiquité. Au fil des siècles, les techniques voyagent, évoluent et se perfectionnent.

Différentes civilisations se sont emparées de cette matière, développant leurs propres façons de travailler le verre sur le métal.

Les procédés et les décors changent, mais le principe reste étonnamment familier : déposer une matière vitrifiable sur un support métallique, puis utiliser la chaleur pour la faire fondre et adhérer au métal.

Et certaines pièces réalisées il y a plusieurs siècles ont conservé des couleurs d’une intensité assez incroyable.


Châsse en cuivre champlevé, émaillé, ciselé et doré — Limoges, vers 1200–1210.
Châsse en cuivre champlevé, émaillé, ciselé et doré — Limoges, vers 1200–1210.

Le Moyen Âge, âge d’or de l’émail

En Europe, l’émail connaît un développement remarquable au Moyen Âge.

Reliquaires, objets liturgiques, plaques décoratives, bijoux… les ateliers explorent différentes manières d’associer métal et verre.

Parmi elles, le champlevé : des cavités sont creusées dans le métal puis remplies d’émail avant la cuisson. Le métal laissé en réserve dessine alors les contours du décor.

Entre le XIIᵉ et le XIVᵉ siècle, les ateliers du Limousin acquièrent une réputation considérable. Leurs productions circulent largement en Europe et Limoges devient indissociable de l'histoire de l'émail sur métal.

Bleus profonds, turquoises, verts, ors…

Des siècles plus tard, ces surfaces vitrifiées ont encore beaucoup à raconter.


Détail de la châsse émaillée de Saint-Viance — émail champlevé du Limousin, Moyen Âge. © Marc Allenbach.
Détail de la châsse émaillée de Saint-Viance — émail champlevé du Limousin, Moyen Âge. © Marc Allenbach.

Une technique qui n’a jamais cessé d’évoluer

L’émail ne reste évidemment pas figé au Moyen Âge.

Cloisonné, champlevé, basse-taille, émail peint, plique-à-jour… au fil des siècles, les artisans développent de nombreuses manières de travailler cette matière.

Les outils évoluent.

Les fours aussi.

La connaissance des émaux, des métaux et des températures devient plus précise.

Pourtant, lorsque je regarde certaines étapes de mon propre travail, je trouve assez fascinant de penser que le principe fondamental a finalement très peu changé.

Je prépare le métal.Je dépose l’émail.La pièce entre dans le four.

Puis le verre fond sous l’effet de la chaleur.

Évidemment, mon four électrique n’a plus grand-chose à voir avec ceux utilisés il y a plusieurs siècles — et je ne vais certainement pas m’en plaindre.

Mais au cœur du processus, il reste toujours cette même rencontre :

du métal, du verre et du feu.


Les outils et les fours ont changé. Mais aujourd’hui encore, l’émail naît de la même rencontre entre le métal, le verre et le feu.
Les outils et les fours ont changé. Mais aujourd’hui encore, l’émail naît de la même rencontre entre le métal, le verre et le feu.

Ancienne ne veut pas dire figée

C’est peut-être là que cette histoire devient la plus intéressante.

Travailler aujourd’hui avec une technique ancienne ne signifie absolument pas reproduire les formes du passé.

L’émail continue d’être exploré dans le bijou contemporain, mais aussi dans l’objet, la sculpture ou les arts décoratifs. Les formes changent, les usages changent, les façons de travailler la matière également.

C’est aussi ce qui m’intéresse dans mon propre travail.

Je peux partir d’un morceau de cuivre, le découper, le marteler, le plier, le mettre en volume, superposer les émaux, provoquer des réactions, conserver certaines irrégularités ou construire des surfaces qui n’ont plus grand-chose à voir avec l’image que l’on se fait parfois de l’émail traditionnel.


La technique appartient à l’histoire. Ce que l’on en fait appartient au présent.


Une technique ancienne n’impose pas un langage ancien. Matières, volumes, textures et réactions du feu continuent d’ouvrir de nouveaux territoires à l’émail contemporain.
Une technique ancienne n’impose pas un langage ancien. Matières, volumes, textures et réactions du feu continuent d’ouvrir de nouveaux territoires à l’émail contemporain.

Plusieurs millénaires… et toujours du feu

Alors non, l’émail sur métal n’est pas une technique moderne.

Il appartient à une histoire très ancienne, faite de transmissions, de découvertes, d’innovations et de savoir-faire développés dans différentes cultures.

Et pourtant, il n’a rien d’une technique enfermée dans le passé.

C’est même probablement ce qui me plaît autant dans l’émail : pouvoir travailler aujourd’hui avec une matière et des gestes qui ont traversé les siècles, tout en restant totalement libre de leur faire raconter autre chose.

Les formes changent.Les outils évoluent.Les créateurs aussi.

Mais quelque part entre le métal et le verre, il y a toujours le feu.


Et lui travaille depuis longtemps. 🔥


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